CASSE-TÊTE VENDÉEN. Et pas que la tête.

Terminer sur une bonne note, quoi de mieux pour clôturer un acte avant une journée de transfert. Les étoiles scintilleront dans leurs yeux 24 heures de plus… La pression redescend, le démontage du bateau est paisible, serein, sans contrainte de temps. Il n’y a qu’à savourer pleinement l’onctuosité de la victoire amplifiée par l’intense douceur du coucher de soleil. La journée off du lendemain est la bienvenue, les organismes commencent à puiser dans leurs réserves après 7 jours de course en mer comme à terre. Une journée pour récupérer, à quoi s’ajoute un convoyage en direction de la capitale mondiale de la course au large, la maison d’un des trois plus hauts sommets du monde de la voile. Ici, les pontons connaissent plus d’histoires de mer que bon nombre de ports réunis. Les navires qui arpentent les quais en sont le témoignage immédiat. 

Le Tour Voile débarque aux Sables-d’Olonne pour son quatrième acte, où l’homme et l’océan se confondent, souvent pour le meilleur, parfois pour le pire, mais toujours avec la même passion qui mêle peur et fascination. Cette fois-ci, c’est la Grande Plage qui accueille le paddock à contrario d’il y a deux ans, quand les pontons accueillaient la flotte de Diam 24. Cela n’a pas empêché l’équipe de jeter un œil avisé sur ce chenal rempli d’émotions, symbole d’humilité, dont la mémoire des hommes partis en mer qui n’en sont jamais revenus impose le respect. Cette acte sera dédié aux sauveteurs en mer de la SNSM disparus en mer ici-même il y a un mois, qui veilleront de là-haut sur nos marins encore longtemps. 

Le bateau du Team Réseau Ixio Toulon Provence Méditerranée est prêt à naviguer, demain les choses sérieuses recommencent avec un raid côtier qui s’annonce plein de difficultés ! 


Jour 1 - Passage à niveau

Week-end du 14 juillet, la Grande Plage des Sables-d’Olonne est en effusion. Le paddock est encerclé par une horde de plagistes à la peau rougie par les rayons estivaux. Les quelques encablures supplémentaires vers le sud ont vu le mercure grimper d’un cran. Les journées à bord en sont encore plus éprouvantes sous ce soleil harassant. Pas de quoi effrayer les garçons, reposés après cette journée de récup’, prêts pour repartir au front sur ce champ de bataille historique. Les prévisions météo sont contrastées, elles diffèrent selon le modèle observé malgré l’extrême finesse des mailles. Deux vents contraires s’affrontent, l’un devrait prendre le dessus sur l’autre, à priori de l’ouest, mais quand, et à quelle heure ? Bienheureux celui qui connaît la réponse, car c’est cette bascule qui se révélera déterminante sur la finalité du côtier de 32 milles proposé par la direction de course. 

À midi, la mer est d’huile, remuée par le nombre incalculable d’embarcations qui croisent au milieu du plan d’eau. Le départ est prévu à 12h30 et l’on commence à sentir l’once d’une bascule. L’équipage type des côtiers est en place avec Tim Mourniac à la barre, Jules Bidegaray aux réglages et Achille Nebout à la Tactique. Comme prévue, la procédure est lancée, la pétole fait rage, la ligne est engloutie par une belle partie de la flotte bien avant le top départ. Logiquement, c’est appel général, suivi d’une nouvelle procédure. Cette fois-ci, plus le droit à l’erreur, ce sera un départ sous black flag !
Autrement dit, départ volé égal élimination dans la foulée.
 
Deux bateaux se font prendre à ce petit jeu et se voient relégués pour la journée, Helvetia Bleu et CER de Genève. Tout se passe bien du côté de Team Réseau Ixio Toulon Provence Méditerranée qui prend un départ canon au vent de la ligne. Ils ont du vent frais (enfin le peu qu’il y ait) au-dessus de la flotte, une bonne glisse, direction la bouée de dégagement, avant d’attaquer les longs bords du raid. Très vite, ils creusent l’écart et enroulent cette bouée en pôle position avant de s’arrêter dans un trou d’air béant, malheureusement incontournable à ce moment précis. Mauvais timing. Une remontée par l’arrière s’amorce, un couloir de vent apparaît bien avant cette fameuse bouée, permettant à certains équipages en retrait de se faire emporter à plus de 10 nœuds.

La bascule où tout va se jouer se met en place. Les quelques équipages qui en profitent se voient rapidement propulsés sur un patin quand les autres restent bien à plat sur leurs trois coques. Quelques secondes plus tard, l’échappée s’est envolée quand Team Réseau Ixio Toulon Provence Méditerranée attrape à son tour un flux d’air exploitable. Commence alors une nouvelle course, les quatre premiers étant désormais trop loin pour être rattrapés, il s’agit de limiter les dégâts et être en tête du deuxième paquet. 
Une configuration difficile psychologiquement, quand habituellement, il faut se battre pour la gagne, cette fois, il faudra se battre pour attraper au mieux… 
Une 5ème place. Vous avez trois heures.

 

Sans surprise, les garçons assurent cette 5ème place qui reste, en somme, une belle performance quand on voit le niveau d’exigence d’une journée pareille : «Beaucoup de top teams auraient signé d’avance pour une 5ème place sur cette journée plus que piégeuse.», déclare Sofiane Bouvet, 7ème aux JO de Rio en 470 et entraîneur de l’équipage Leicht sur ce Tour Voile.

Achille Nebout, tacticien, revient sur ce côtier Sablais : « Il s’est passé ce qu’on attendait, une transition peu après le départ, très difficile à gérer. On fait un super bord de dégagement duquel on sort en tête à la bouée, malheureusement dans un timing pas idéal, car ça reprend par derrière dans la rafale. C’est ce moment qu’on a eu du mal à gérer. On aurait dû accepter de se replacer dans la risée quitte à croiser derrière ceux qu’on avait passé après avoir fait l’effort sur le bord précédent. On a trop attendu et un petit paquet a réussi à suivre la risée attrapée plus tôt jusqu’à prendre une grosse avance, on ne les a plus revus. 
Commence alors une deuxième course puisqu’il fallait être en première position du deuxième paquet, ce qu’on a réussi à faire, mais c’était un scénario vraiment difficile dans la tête. Tu sais que tu vas faire 3h de course derrière sans jamais pouvoir rattraper l’échappée. Ce soir, nous sommes à peine à la moitié du tour, il faut qu’on se concentre encore plus sur ce que l’on sait faire sans perdre de l’énergie à se concentrer sur les adversaires directs. En restant solidaires, on arrivera à passer devant ! »

Après cette journée, l'équipage pointe toujours à la troisième place au classement général où il commence à être bien installé. La tête de course est à 11 points.

Jour 2 - On / Off

Schéma classique du Tour Voile 2019, la deuxième journée est une fois de plus dédiée aux stades nautiques ! Peu de monde est levé si tôt en ce dimanche matin de fête nationale. Il est 8h, le briefing skipper est dans 45 minutes. Avant cela, il faut préparer le bateau pour le format de course du jour et profiter des quelques minutes restantes pour boire un café. 
La météo devrait être similaire à la journée d’hier, deux flux inversés se rencontrent à nouveau ce matin. Le flux d’ouest devrait prendre le dessus à l’instar de la journée passée et grimper jusqu’à 13/14 nœuds. Des conditions idéales, à priori sans trop de courant, permettront de clôturer l’acte dans cette ville de légende. Pour le moment, le vent souffle à l’inverse de la prévision, vent d’Est donc, mais la bascule doit arriver vite. À 10h30 tous les bateaux sont à l’eau, une manche d’Inside est envoyée. Avec son coefficient 0, elle est idéale pour une préchauffe avant les courses officielles. Ces dernières débutent à 11h30, dans un vent qui a déjà bien diminué. Team Réseau Ixio Toulon Provence Méditerranée se classe 2ème de cette première qualification malgré l’instabilité du vent. Très vite, il tombe totalement, pendant de longues minutes, avant de se caler dans la bonne direction et enfin prendre des tours ! S’en suit le reste des courses qualificatives. Avec un vent régulier et établi, ils signent la victoire de leur poule devant le leader du classement général Team Beijaflore. Pile le temps de valider leurs 4 courses de qualif’ et les choses se compliquent sur l’eau. La dernière course de qualification de l’autre poule n’est pas encore lancée est déjà le vent prend de la gauche. Cette dernière course avant la finale est finalement lancée, mais annulée illico, car le vent continue de tourner. La direction de course prend la décision de remouiller le parcours quelques temps après, une fois le vent stabilisé en direction. 
 

La journée change complètement de configuration. Le vent vient maintenant de la terre, passant au-dessus de la plage, mais surtout au-dessus des bâtiments qui surplombent la plage. Il est donc extrêmement irrégulier et les coups de loterie risquent d’être nombreux. La dernière manche qualificative est envoyée pour la poule restante, les coups de poker s’enchaînent, mais ils font aussi partie du sport. La finale va se courir dans ces conditions. 
Quelques minutes plus tard, le départ de la finale est donné. Team Réseau Ixio Toulon Provence Méditerranée se fait surprendre devant la ligne et prend un départ très tardif. Rien n’est joué, tout peut se renverser dans ces conditions incertaines. Ils mettent le paquet et remontent vite la flotte. De nouveau dans la course, il s’agit d’être clairvoyant sur le plan d’eau pour anticiper les coups tactiques. Exercice difficile dans une configuration si aléatoire. Ils remontent le paquet jusqu’à s’accrocher à la 5 place avant la bouée qui précède la ligne d’arrivée après une suite illogique de rebondissements. Ils sont alors arrêtés à la bouée, sans vent. Golfe du Morbihan - Breizh Cola arrive dans leur dos alors que le genakker des garçons peine à se gonfler. Finalement, le bateau démarre. La rafale est de retour, les deux bateaux accélèrent, la risée prend subitement des tours, Team Réseau Ixio Toulon Provence Méditerranée part au tas.

Là, c’est le drame.

Golfe du Morbihan - Breizh Cola lancé à pleine vitesse, entre en collision avec le bateau Ixio Toulon Provence Méditerranée parti au lof dans cette risée aussi forte que surprenante. Ils arrivent malgré tout à réparer et franchissent la ligne d’arrivée en 6ème position après un strike impressionnant laissant derrière eux Golfe du Morbihan - Breizh Cola et Team Beijaflore. La casse sportive est limitée à contrario du flotteur tribord du Diam qui lui, est HS. Quasi-entièrement découpé à quelques centimètres de la poutre avant.
 


Les heures qui suivent seront dédiées à de l’optimisation tactique et logistique, pour changer le flotteur au plus vite et pouvoir prendre le départ du côtier à Port-Barcarès mardi matin. Chance au milieu du malheur, la journée de lundi est une journée off, dédiée au transfert vers la Méditerranée. L’objectif est de profiter de cette opportunité de temps pour gérer au mieux cette mésaventure. 

À l’issue de cet acte compliqué, Team Réseau Ixio Toulon Provence Méditerranée est toujours 3ème et installé, à 10 points de la tête de course. Les prochaines manches se feront désormais en Méditerranée, chez notre mer !